Réaction concernant la publication par l’Institut Montaigne d’un bilan de la gestion financière des grandes villes de France
Communiqué
Mise à jour le 25/02/2026 à 11h52
Finances
L’Institut Montaigne vient de publier le 24 février 2026 une étude comparative sur la gestion financière des plus grandes villes de France. Si cette transparence est utile au débat démocratique, l’exercice est marqué par de nombreuses erreurs et approximations, voire des biais de présentation, qui nuisent à la qualité et à la sincérité du débat.
L’étude repose à la fois sur une notation
des communes et sur un classement comparatif. Il s’agit d’une innovation, une
telle démarche n’ayant jamais été entreprise avant les précédents scrutins. Sa
mise en place aurait dû être précédée d’une concertation avec les collectivités
concernées, notamment sur la méthode de calcul des indicateurs et leur
pondération. Elle n’a pas eu lieu, et l’Institut Montaigne n’a pas pris en
compte nos alertes lorsque nous avons été, tardivement, sollicités.
En premier lieu, l’évolution de la
situation financière des communes concernées ne tient pas compte de l’impact
des mesures décidées par l’Etat au cours des dernières années.
En deuxième lieu, la note financière
d’une commune dépend non seulement de sa propre situation, mais également de
celle des autres communes, ce qui introduit un biais méthodologique
majeur : une commune dont la situation s’améliore peut illogiquement voir
sa note dégradée.
Troisièmement, cette note dépend de la
trajectoire comparée entre chaque ville et la métropole qui l’abrite, et des
transferts de charges et recettes entre les deux. Analyser les comptes des
villes sans prendre en compte ces transferts, parfois imposés par la loi,
ajoute à la confusion. C’est notamment le cas pour la politique de
végétalisation de la ville de Bordeaux dont le déploiement concret est assuré
par la métropole.
Quatrièmement, certaines données
financières sont erronées, s’agissant de l’évolution de la fiscalité ou des
flux financiers entre les communes et les métropoles.
Cinquièmement, cette méthode, fondée sur
des comparaisons standardisées, est utile pour objectiver certains indicateurs
mais insuffisante pour juger une politique municipale, car elle ignore les
spécificités de chaque territoire : état du patrimoine, niveau de pauvreté,
exposition à la pollution, besoins sociaux et climatiques, pourtant
déterminantes dans l’analyse des choix budgétaires.
Sixièmement, Par ailleurs, l’étude ne met
pas en miroir le niveau d’endettement des collectivités avec les
investissements réalisés et le patrimoine constitué ou rénové grâce à cet
endettement. Or, la dette d’une collectivité ne peut être analysée isolément,
sans considération des actifs qu’elle finance : équipements publics,
infrastructures, écoles, équipements culturels ou sportifs. Apprécier la dette
sans évaluer en parallèle la qualité, l’ampleur et l’état du patrimoine qu’elle
a permis de créer ou de moderniser conduit à une lecture partielle et
potentiellement trompeuse de la situation financière des villes.
Enfin, à ces biais s’ajoutent les
spécificités institutionnelles propres à certaines grandes villes, qui rendent
les comparaisons mécaniques particulièrement fragiles. L’étude ne tient pas
compte du fait que, dans plusieurs territoires, des compétences
traditionnellement exercées par les départements ont été transférées à des
structures intercommunales ou métropolitaines. C’est le cas de Paris, dont le
statut particulier concentre des compétences communales et départementales.
Comparer ces collectivités à d’autres communes sans retraiter ces différences
de périmètre revient à ignorer des écarts structurels majeurs et introduit un
biais supplémentaire dans l’analyse financière présentée.
Il ressort de ces différents éléments, et
d’une méthode d’élaboration des indicateurs financiers que nous ne partageons
pas, que l’étude visée ne reflète pas la situation financière réelle des
communes concernées.
« Il est regrettable que, sous
couvert d'objectivité, l’analyse publiée par un think tank pourtant réputé, même si marqué par des prises de
positions libérales, vienne semer le trouble dans le moment démocratique
important que constitue la campagne des élections municipales. »